vendredi 6 mai 2011

À TOI POUR TOUJOURS, TA MARIE-LOU : les quatre vérités du Québec d’autrefois


De par les enjeux de la pièce À toi pour toujours, ta Marie-Lou, l’histoire imaginée par Michel Tremblay est indéniablement associée à la lourdeur du Québec d’autrefois. Fort heureusement, l’écriture brillante du dramaturge et la mise en scène fluide de Gil Champagne offrent davantage un regard sociologique sur une tranche de notre passé collectif, plutôt qu’une simple déprime narrative impossible à supporter.

Écrite après la Crise d’Octobre 70 par un Michel Tremblay qui voulait réagir à la répression et à la noirceur de son époque, l’histoire de Marie-Lou et de Léopold se noie dans la misère sexuelle, l’incapacité à communiquer, le dogme de la religion, la carence amoureuse, les non-dits qui éclatent, les insultes qui caracolent, la folie qui effraie et la provocation qui soulage. En parallèle à la déchirure de ce couple vieux de 20 ans, Carmen essaie de sortir sa soeur  Manon du carcan imaginaire dans lequel celle-ci s'est vautrée depuis la mort de leurs parents, dix ans plus tôt. Pendant que Carment fait état de ses choix, de sa liberté et de son bonheur, Manon se plaît à revivre les souvenirs les plus tristes de son enfance afin de croire pleinement à son rôle de martyre.

Pour diriger une pièce de théâtre qui a l’habitude d’imposer à ses acteurs de rester assis sur une chaise du début à la fin, exception faite du personnage de Carmen qui finit par se lever en symbole de son affranchissement, Gil Champagne s’est vu confier les rênes de cette nouvelle production du TNM. Faisant le pari d’aller dans une nouvelle direction, Champagne a choisi de chorégraphier les déplacements de ses interprètes tout au long du spectacle.

Marchant autour d’un monticule servant de maison aux fondations pour le moins inclinées, les acteurs se déplacent dans un bassin d’eau à l’image du courant qui ne passera jamais plus entre les deux parents, de l’eau qui coule sous le pont symbolique que pourrait franchir Manon si elle voulait se sortir de sa condition, ou de cette rivière qui a poussé entre les deux époques, les deux sœurs et les deux « amoureux ».

Les éclairages discrets permettent des transitions efficaces entre le passé, le présent et le mélange des époques. Et que dire des acteurs ? Justes, précis, puissants, troublants, criants de vérité, parfaitement incarnés, les quatre interprètes sont franchement à la hauteur du texte de Michel Tremblay. Marie Michaud et Denis Bernard nous offrent même quelques moments d’anthologie grâce à leur interprétation poignante.

À vrai dire, bien que le propos déprimant de À toi pour toujours, ta Marie-Lou puisse être repoussant à première vue, sachez que le talent qui se déploie sur scène risque de vous donnez l’impression d’une légèreté dans la lourdeur. Joli coup de chapeau. 

Par Samuel Larochelle, dit le Sage Gamin

TNM – 3 au 28 mai 2011

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire